Hommage
Cette pièce est un ensemble de deux vidéos diffusées chacune en boucle sur un téléviseur. Un espace a été aménagé dans une salle de la lampisterie afin d'obtenir un cube de 3m de côté environ dans lequel se situe l'installation vidéo. Sur un mur, sont intégrées deux télévisions dont on ne voit que les écrans, situés l'un au-dessus de l'autre. Les murs, le sol et le plafond sont gris.
Cette installation m'a offert l'opportunité de réunir une documentation personnelle constituée par mon grand-père, mineur en Auvergne. Photographies, cartes, pierres, instruments de mesure m'ont fourni les premières images auxquelles j'ai tenu à ajouter celles appartenant à une mémoire collective, films (documentaires ou fictions), articles de journaux, documents officiels sur le travail dans les mines.
J'ai agencé cette matière par superposition de fragments. Les deux vidéos fonctionnent sur un mode de transparences et de recouvrements dont l'objectif est de générer une sédimentation visuelle. Dans les deux films une image persiste malgré le changement de celles qui la recouvrent et ne la dissimulent jamais vraiment.
Dans la première vidéo, une main s'ouvre et se ferme inlassablement. La trame générée par les différentes superpositions propose une mécanique de l'inutile, liée à l'insaisissable. La seconde vidéo révèle un espace en profondeur sur lequel vient affleurer une succession d'images. Ces amorces de narration nous échappent, disparaissent aussi rapidement qu'ils sont apparus. Cette méthode met en lumière la fragilité de la trame tissée par le souvenir.
Ces deux vidéos, l'espace dans lequel elles sont proposées, offre un cadre balisé dans lequel chacun est renvoyé à sa propre implication. Ce travail est bien sûr imprégné d'une expérience personnelle, celle d'avoir rencontré et admiré un homme courageux qui se trouve être mon grand-père. Cependant je garde à l'esprit ce que Nathalie Sarraute disait à propos du fait qu'elle n'écrivait qu'à partir de son expérience personnelle : « Absolument et je suis sûre aussi qu'elle recouvre l'expérience commune, puisque tout le monde me ressemble. Je suis certaine que, sur un plan précis, à un niveau également précis, nous nous ressemblons tous, que nous avons tous ces mouvements intérieurs. »